• DRIANT Emile

Le mariage d'Emile Driant et de Marcelle Boulanger (vu par la Presse)

Le 30 octobre 1888, le capitaine Emile Driant épouse Marcelle Boulanger, la fille du général Boulanger dont il fut l'officier d'ordonnance. Cet événement a lieu en pleine période d'agitation liée à la montée du mouvement boulangiste. Il sera largement couvert par la Presse de l'époque qui publie de nombreux articles dont nous publions ici une synthèse.


Les deux fiancés


Si l'on eût écouté les deux êtres timides et charmants que le sort vient d'unir, ce n'est pas à Paris, au milieu des vivats et du bruit, qu'ils eussent volé pour échanger les anneaux de la douce et libre chaîne. Ce n'est pas elle, modeste et toujours effacée, fille délicate avant d'être diaphane fiancée, qui eût réclamé cette foule, pressée sur son passage, ni ces chants ni cette joie anonyme, ni cette curiosité toujours un peu cruelle, même en ses sourires.

Et lui? Qui l'a connu, sincère, un peu sauvage en sa fierté militaire sait que nulle ambition, nul désir de vaine ostentation n'anime cette âme de soldat et ce cœur d'honnête homme.

Leurs noms, s'ils l'avaient pu, n'eussent pas été jetés aux quatre vents de cette renommée toujours plus hardie que délicate en ses manifestations. Mais un autre nom, celui du général Boulanger qui occupe à cette époque et la France et l'Europe, a jeté sur ces fiancés qui auraient voulu rester obscurs, un rayon aveuglant de popularité.


La fiancée, que la situation de son père autorisait à rêver d'un très grand mariage, a préféré donner son cœur et sa main à un officier dont la fortune est mince, mais dont les sentiments sont élevés. A cette époque où le mariage est considéré comme une affaire dans laquelle les deux partis pèsent mutuellement la dot pécuniaire que l'un et l'autre apportent, il est doux de voir une jeune fille sacrifier la fortune au bonheur et demander à être heureuse avant de songer à être riche.

Le général Boulanger, lui-même, eût pu exercer sur sa fille une influence, la pressant de choisir un parti servant ses hautes ambitions politiques. Les princes de la finance, même ceux de la noblesse, eussent, s'il l'eût voulu, recherché l'alliance de ce Soldat qui compte peut-être le plus de blessures et le plus de croix vaillamment gagnées de toute l'armée française. Mais non, il a voulu rendre hommage au dévouement et à la fidélité, ces qualités maîtresses pour aimer et servir la Patrie, en choisissant celui qui l'avait servi et aimé, en qualité d'officier d'ordonnance .



La genèse d'une rencontre


Cet homme choisi par Marcelle Boulanger, du reste, est digne de toutes les sympathies. Fils d'un modeste juge de paix, le capitaine Driant entre à Saint-Cyr en 1875. Il en sort en 1877, le quatrième de sa promotion et sergent-major, n'ayant de parent dans l'armée que le colonel Gossart, du 4e de ligne, ancien aide de camp du maréchal de Mac-Mahon. Il débute comme sous-lieutenant dans le 54e de ligne, à Compiègne, et dans les nouveaux forts de la Meuse et, lors de sa nomination au grade de lieutenant, en 1882, il est envoyé, sur sa demande, en Tunisie.

Pendant deux ans, il fit campagne avec son bataillon du 43e de ligne, et lorsque son corps rentra en France, il obtint, pour éviter son rapatriement, d'être détaché d'abord à l'état-major du général Guyon-Vernier, à Sousse, puis à la mission topographique en Tunisie. Sous les ordres du commandant Lachouque, chef de cette mission, il prend part aux travaux du levé de la carte du Sud tunisien. C'est là que le général Boulanger le trouve, huit jours avant la date où, ayant épuisé tous les moyens pour être maintenu en Afrique, il allait être contraint de rejoindre son régiment à Lille. Le général Boulanger, en prenant le commandement de la division, avait demandé un officier d'ordonnance. Le lieutenant Driant, qui n'avait pas l'honneur de connaître le général, se fait porter sur la liste des proposés. Le général parcourt la liste ; parmi les officiers qui lui sont offerts, l'un est muni d'une recommandation pressante de M. Grévy, l'autre est le beau-frère du résident, M. Cambon. Le commandant du corps d'occupation ne se laisse pas influencer par les personnalités qui cherchent à fixer son choix. Il fait venir le lieutenant Driant, qu'aucune recommandation autre que ses notes ne lui signalait. Il l'examine, il l'interroge et, finalement, l'attache à sa personne et le fait passer au 4e zouaves, que celui-ci n'a pas quitté depuis cette époque. Le général n'eut point à regretter la préférence qu'il avait accordée au lieutenant Driant, car celui-ci se montra toujours vis-à-vis de son chef d'un dévouement vraiment filial. Aussi, lorsqu'il eut eu le loisir de connaître par la fréquentation les sentiments élevés de son officier d'ordonnance, la sympathie qu'il lui accordait ne tarda pas à se transformer en une solide amitié qui, depuis lors, ne se démentit jamais. C'est à cette époque que le général Boulanger eut à soutenir, contre le pouvoir antifrançais qui régnait alors en Tunisie, une lutte incessante, et c'est également à cette époque qu'il eut à formuler, contre les insolences italiennes, des protestations qui eurent pour effet d'établir, d'une façon indiscutable, l'autorité de la France dans la régence. Pendant que le général luttait contre des difficultés sans nombre, son officier d'ordonnance était à ses côtés, l'aidant dans ses démarches et le soutenant lorsque le dégoût lui montait au cœur.

Le général revient à Paris et emmène avec lui le lieutenant Driant. Il l'introduit dans sa maison, où sa pIus jeune fille, Marcelle, apparaît dans toute la grâce de ses dix-sept printemps. Le lieutenant Driant devient bientôt l'hôte assidu de son chef. La beauté de la jeune fille l'attire ; son cœur bien placé, qu'il a maintes fois l'occasion d'admirer, le retient car Mlle Boulanger forme un assemblage parfait de grâce et d'énergie. C'est une femme dans la belle et noble acception du terme, capable de tous les courages et de tous les dévouements. En même temps que le lieutenant, l'amour est entré dans la maison, amour pur et saint que le mariage va consacrer bientôt. L'officier d'ordonnance a désormais, pour servir l'homme qui entre sur la scène politique le 6 janvier 1886, cette double raison de voir en lui le père de famille et le chef hiérarchique. En arrivant au ministère, le général Boulanger prend le lieutenant Driant pour secrétaire particulier, il le nomme capitaine en juillet 1886, l'emmène partout avec lui. C'est l'ami, l'ami sûr et dévoué qu'on rencontre dans les bons comme dans les mauvais jours. A la chute du ministère, le capitaine Driant n'a pas terminé ses quatre années d'état-major. Il obtint de suivre son général à CIermont-Ferrand. On se souvient encore de l'histoire de la gare de Lyon. La foule était nombreuse qui venait acclamer au départ le général en qui elle avait une confiance toute patriotique. Celui-ci, pour ne pas retarder davantage le train qui devait le conduire à CIermont-Ferrand, fut obligé de monter sur une machine. Le capitaine Driant qui suit son chef comme son ombre, séparé de lui par la foule au dernier moment, se hisse sur la lanterne d'avant de la locomotive qui part, et le généra! et son officier d'ordonnance voyagent ainsi jusqu'à Villeneuve-Saint-Georges. A Clermont-Ferrand, le général et son officier d'ordonnance se retrouvent ensemble pendant près de six mois. L'affection qui unit Marcelle Boulanger au capitaine Driant, n'en devient que plus étroite. Le général ne l'ignore pas. Certains de ces amis cherchent à lui démontrer qu'il occupe une trop haute situation militaire pour donner, comme époux, à sa fille un simple capitaine. Ces considérations ne sont point faites pour le toucher, elles ne parviennent qu'à retarder de quelques mois, et malgré lui, le mariage qu'il a décidé ; le capitaine aime sa fille, sa fille aime le capitaine, cela lui suffit. Le capitaine Driant est jeune, il saura faire son chemin ; mais son devoir l'appelle à son régiment : il part pour Tunis. Chaque jour il écrit à son général ; il lui ouvre son cœur, il ne lui dissimule aucun de ses sentiments. Chaque jour ses lettres deviennent plus pressantes si bien que le général lui écrit ce mot, qui va être pour l'officier la réalisation de toutes ses espérances : Venez !

Le mariage civil


Le mariage civil de Mlle Marcelle Boulanger avec le capitaine Driant a été célébré lundi 29 octobre 1888 à la mairie du seizième arrondissement. A quatre heures précises, le général Boulanger est arrivé en landau, ayant à ses côtés sa fille, Marcelle, et en face de lui son oncle, Arthur Griffith. Le capitaine Driant et ses deux témoins, le général Faverot de Kerbrech et Léon Driant, son frère, occupaient la seconde voiture. On remarquait l’absence de Mme Boulanger, retenue à Versailles par l’état de sa santé, et de sa fille aînée, Hélène, qui avait dû rester au près de sa mère. M. Marmottan, maire du seizième arrondissement, bien qu’ayant marié lui-même sa fille à midi, avait tenu à célébrer le mariage de Mlle Boulanger. La mariée portait une robe de soie vert-d’eau avec parements de loutre, une capote brune et rose et avait un boa de fourrures au cou. L’acte officiel a été dressé rapidement par le maire, puis le général ainsi que les mariés sont rentrés à l’hôtel de la rue Dumont-d’Urville. par la rue de la Pompe et la rue de Longchamps.


Le mariage religieux à Saint-Pierre-de-Chaillot


C'est le lendemain, mardi 30 octobre, qu'a été célébré en l’église Saint-Pierre-de-Chaillot, le mariage religieux.

A sept heures, les ouvriers de la maison Belloir arrivent rue Dumont-d'Urville et prennent possession du vestibule et de la porte d'entrée de l'hôtel, à l'effet d'y établir une marquise. En quelques instants la porte cochère disparaît sous les draperies brodées et bordées de galons d’or ; pendant ce temps, le vestibule est garni de fleurs et de feuillage au milieu desquels les-invités passeront pour se rendre au premier étage où auront lieu les réceptions. Sur plusieurs tables du grand salon sont exposés les nombreux cadeaux que les amis du Général ont envoyés à Mlle Marcelle Boulanger. Ce ne sont que bijoux, diamants, objets d'art, dentelles du plus haut prix et du meilleur goût; l'espace réservé aux invités est des plus restreints, car on ne compte plus les bouquets, les corbeilles, jusqu'à une magnifique cage dans laquelle caquettent deux petites perruches dites « inséparables ». En attendant l'arrivée des invités, le petit groom va, vient, d'un air affairé; il commande à une légion de maîtres d'hôtel.

Le Général, se prodigue et il a fort affaire, entouré par plusieurs dames qui viennent solliciter des cartes pour assister à la cérémonie religieuse. A onze heures et demie, plus de deux-mille personnes se pressent rue Dumont-d'Urville et attendent la sortie du Général.


Enfin, à midi moins un quart, les invités prennent place dans les voitures. La première voiture quitta la rue Dumont d'Urville à midi cinq, contenant le général Faverot de Kerbrech, le capitaine Guiraud, du 8e Dragons, ex-officier d'ordonnance du général Boulanger, M. Arthur Griffith, grand-oncle et témoin de la mariée, et Mme Ernest Boulanger (née Mary-Ann-Webb Griffith of Llaneravon), mère du Général. Dans le second landau prennent place : M. Léon Driant, frère et témoin du marié, M. Auguste Aldrès, ami d'enfance du capitaine Driant, et le capitaine Rogerie, du 4e Zouaves, tous deux garçons d'honneur, et M. Driant père. Viennent ensuite deux coupés très bien attelés dont les chevaux portent des cocardes en ruban vert et brun; les deux couleurs choisies par la jeune mariée. Le premier contenait M. et Mme Arthur Dillon, et le second le marié et sa mère. Enfin à midi et un quart, le coupé du général Boulanger, attelé de deux juments bai-brun dont les harnais étaient garnis de rosaces blanches et de fleurs d'orangers, s'est approché et M. Boulanger, en grande tenue de général, portant toutes ses décorations, y a pris place avec sa fille tout en blanc, la couronne de fleurs d'orangers sur la tête et tenant à la main un superbe bouquet des mêmes fleurs.

Aussitôt, la foule se précipite après cette dernière voiture, et c'est une véritable marche triomphale. Un groupe de membres de la Ligue des Patriotes entoure la voiture de la mariée qui marche au pas. Des vivats éclatent, on ne cesse d'acclamer le Général et c'est miracle si la voiture peut arriver jusqu'au portail de l'église. La foule qui n'a pu pénétrer à l’intérieur est compacte.

Dès onze heures toutes les rues qui aboutissent à l’église de Chaillot sont envahies par de nombreux curieux. Les agents arrêtent la circulation à l'entrée des rues Bizet, de Chaillot et de l’avenue Marceau. Ils ne laissent pénétrer dans la rue de Chaillot que les personnes munies de lettres de faire-part. Il faut montrer une invitation pour pouvoir passer, encore les brigadiers sont-ils revêches. Les lettres ont été distribuées avec une parcimonie très grande ; la famille désirait, en effet, que le mariage de Mlle Marcelle Boulanger ne tournât pas en manifestation. Les abords de l'église sont cependant bientôt remplis.

A onze heures et demie, une des portes basses de Saint-Pierre-de-Chaillot est ouverte. On entre peu à peu, deux personnes par deux personnes.

La petite église, un peu sombre, est fort bien décorée : une véritable avalanche de fleurs. On a littéralement dévalisé une des serres de M. Louis Dallé. La nef, le maître-autel, les colonnes sont garnies de massifs aux mille nuances de l'effet le plus pittoresque : palmiers, strelitzias, tubéreuses, chrysanthèmes, camélias sont harmonieusement confondus. Les lustres, les lampadaires, les candélabres sont allumés et forment avec les chrysanthèmes, les anthémises, les œillets blancs et rouges, les primevères, les véroniques un ensemble brillant, de l'effet le plus grandiose. L'autel est tendu de soie blanche lamée d'or ; devant lui se trouvent placés les fauteuils de velours rouge destinés aux époux et à la famille,

A midi, Saint-Pierre-de-Chaillot est archi-comble d'une assistance composée de notabilités et de dames aux toilettes merveilleuses, des robes de satin et de velours, des manteaux superbes semés de pierreries, des chapeaux clairs et des diamants.

A midi et demie, les voitures du cortège font leur entrée dans la rue de Chaillot. Un vif mouvement de curiosité se produit dans l'assistance. Nous voyons successivement entrer Mme Ernest Boulanger, M. le général Faverot de Kerbrech, M. le capitaine Guiraud, M. Arthur Griffith, M. et Mme Arthur Dillon, Emile Driant, en uniforme de capitaine de zouaves, Mme Driant mère, M. Léon Driant. M. Auguste Aldrès.

Des cris de : Vive Boulanger ! se font alors entendre dans la rue.

Le Général descend de voiture. Il est en grand uniforme de général de division, cordons en sautoir, la poitrine constellée de décorations, mais les plumes noires sur le chapeau ont remplacé les plumes blanches, signe du commandement.

Mariage du Capitaine Driant et de Marcelle Boulanger à St Pierre de Chaillot (Le Monde illustré)

Il offre son bras à sa fille et le cortège entre dans l'église. Au moment où la jeune mariée fait son entrée au bras de son père, l’orgue attaque la Marche nuptiale de Mendelssohn. Aux ronflements de l’orgue font la basse les cris de la foule qui, dans la rue, acclame encore le général.

Mlle Marcelle Boulanger, toute émue, charmante et gracieuse, porte délicieusement sa toilette de mariée. Sa robe blanche à longue traîne est en moire antique, relevée par des ornements en satin crème et bordée dans le bas en col de cygne ; au corsage, un bouquet de fleurs d'oranger, et dans les cheveux blonds une couronne légère.

Donnant le bras à sa mère, le capitaine Driant marche derrière eux. C'est un jeune homme bien pris dans sa taille moyenne, la physionomie intelligente, le visage mince et pâle, coupé d'une moustache brune et fine. Il est suivi par M. Driant père avec Mme Boulanger, mère du général. Quant à la mère de la jeune mariée, elle n’assistait pas à la cérémonie.

Avant la messe, l’abbé Deglaire, ancien aumônier du lycée dans lequel le capitaine Driant avait fait ses études, et aujourd'hui archiprêtre de la cathédrale de Reims, a prononcé une courte allocution. Le vénérable abbé Deglaire, qui a déjà béni l'union du frère du capitaine Driant, a tenu à venir bénir celle du gendre du général Boulanger. Après avoir remercié le curé de Chaillot de bien avoir voulu lui permettre de prononcer cette allocution, M. l'archiprêtre de Reims a dit que jamais dans sa vie de prêtre, il ne lui avait été donné d'assister à une cérémonie plus touchante que celle-ci. « Que vois-je, en effet, dit-il, ma chère enfant, d'un côté votre père paré comme en un jour de bataille et qui n'a jamais été aussi ému qu'aujourd'hui, où il donne son enfant, c'est-à-dire son bien le plus précieux, dont il prononçait toujours le nom en face de l’ennemi ».

Puis, s'adressant au capitaine Driant : « Quoique jeune, vous avez un passé qui garantit votre avenir et je suis sûr que vous entourerez votre jeune femme de l'affection la plus pure. » « Quant à elle, elle joint au charme de la femme, le coeur le mieux cloué et le plus délicat. L'affection qui vous unit depuis longtemps est un garant du bonheur qui vous attend. » Il termine par des considérations sur les beautés du mariage religieux.

L'office est célébré par M. l'abbé Fillol, ancien aumônier de la marine, officier de la Légion d'honneur, attaché à la paroisse.

Les chœurs sont conduits par M. Léon Laumonnier et l'orgue tenu par M. Roques. M. Bernaert, de l'Opéra-Comique, chante d'abord le Pater noster de Niedermayer, M. Melchissédec chante un 0 salutaris de la composition de son oncle, en lieu et place de M. Capoul, qui s'était fait excuser par lettre. Pendant l'offertoire, un solo de violon est exécuté par M. Naegelin. M. Melchissédec, qu'accompagnait un merveilleux quatuor de maîtrise, se fait ensuite entendre dans une Prière à la Vierge, et dans un Agnus Dei, avec accompagnement de harpe et de violon.


Hommages aux jeunes époux à l'issue de l'office religieux


Après l’office, les invités défilent devant les nouveaux époux, qui prennent place dans la chapelle de la Vierge, toute garnie de fleurs, et qui remplace la sacristie, trop étroite pour la foule qui se pressait sous la voûte. Le défilé, commencé à une heure, ne s’est terminé qu’après deux heures.. Parmi les personnes qui ont tenu à venir porter leurs vœux et l'expression de leur sympathie aux jeunes époux et au général Boulanger, figurent le général Ménabrea (Ambassadeur d'Italie en France), Charles-Ange Laisant, René Le Hérissé, Paul Déroulède, Achille de Rochambeau, Georges Laguerre, Fernand de l'Isle, Ernest Judet, Eugène Du Camp, Gustave Noblemaire (directeur de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée), baron et baronne de Cambourg (membre de la Commission du Transsaharien), docteur Eugène Carpentier de Méricourt, comte et comtesse Saboleski, Georges Lachaud, Pierre Roy de Loulay, Hippolyte Marinoni (directeur du Petit Journal) et Mme Marinoni, Paul de Susini, Maurice Vergoin, Arsène Houssaye, Henri Michelin, Eugène Jolibois, baron Eschassériaux, M. et Mme Napoléon Ney, Edmond Turquet Duc de Sabran-Pontevès, Jules Jaluzot, colonel Astima, Assollant, prince Giedroye (Chambellan de S.M. l'Empereur de Russie), René Zimmer, comte Aulard, M. et Mme Francis Laur, Gustave de Belot, Albert Duchesne, M. et Mme Georges Thiébaud, M. et Mme Charles Lalou, prince de Cassano, Gaston Laporte, de Bercy, comte Irisson d'Hérisson, Jean-Baptiste Saint-Martin, baron et baronne de Billing, général de Lacretelle, Maurice Binder, Henri Wallet, Emile Bottieau, Guilbert, M.et Mme Léon Borie, Edouard Debat-Ponsan, Edouard Lebey (directeur de l'Agence Havas), Beau, M. et Mme Robert Mitchell, Paul Lenglé, Adolphe Duport, Georges de Labruyère, Jacques de Fitz-James, John Lewis-Brown, Edouard Robert, colonel Clapeyron, Léon Vacher, baron de la Bouillerie, comte et comtesse de Plœuc, Adrien Gaudin de Villaine, Paul Gallian, général de Vasselot, Vanucci, Mario de l'Isle, de Grilleau, M. et Mme Barbier, M. et Mme Charles Chincholle, le commandant de Percy, Belleville, Louis Dubuisson, Carré, Fernand Pagès, Sautet de Barral, Anatole France, colonel Parison (de l'Etat-Major général), Joseph Arnaud de l'Ariège, M. et Mme Paul d'Ariste, Lissajoux, Ernest Gay, M. et Mme Dumontpallier, Martineau, Castellani, Castelin, Félix Régamey, Carolus Duran, Dyk de Lonlay, Watteville, comte de Leggè, des Rotours, Alfred Kœchlin-Scwartz, baron de la Rue du Cau, général Savin de Larclause (commandant la 24e Division d'Infanterie), général Gervais, colonel Rousset, Valabregue, Courtin, Charles Paulmier, comte de Saint-Luc, M. et Mme Léonce Bloch, capitaine Lagé, capitaine Barthélémy, capitaine Bouchet, de Montgommery, général Gay, Moreau, Chaslon, de Selivat, vicomte de Turenne, Gaston Jollivet, capitaine Lecca, Farcy, de Menorval, Gaiffe, M. et Mme Lucien Millevoye, Mermeix, comte de Sancy, M. et Mme Thiessé, Labat, Edmond de Martimprey, Calvét-Rogniat, M. et Mme de Cesti, Dugué de la Fauconnerie, Ravilly, Gaschet, Haut, de Mayreno, Marius Martin, Feuillant, Fabre, Beaugrand, M. et Mme Bonnemaison, vicomte Begoin, comte et comtesse de La Salle, Mme la Duchesse d’Uzès, comtesse de Clèves, Mmes Leclerc, Filipini, comtesse de Monsigny, Mme Lallemand, Mme et Mlle Vervoort, Mme de Rute, Mlle Romi Rattazzi, Mme la comtesse de Luynes, Miss Clifford, Mme Edmond Dollfus, Mme Albert Gillou, etc. Des membres de la Ligue des Patriotes: Rateau, Boudeau, Henri Lucas, Lévêque, Cadot, Fourcin, Voulquin, commandant Biot, etc. et la rédaction de plusieurs organes de Presse au grand complet.


Pendant que la cérémonie s’accomplissait, à l’extérieur de l’église, la foule s’amassait autour des voitures qui étaient venues se ranger sur la chaussée de l’avenue Marceau, au ras du trottoir, devant la seconde sortie de l’église. Un groupe de membres de la Ligue des patriotes, l’étoile de bronze à la boutonnière, stationne là, prêt à entourer la voiture du général. Bientôt les officiers de paix prennent des mesures pour dégager la voix publique. La foule est repoussée à cent cinquante mètres de chaque côté ; des barrages d’agents sont établis dans toutes les rues adjacentes ; on ne laisse pénétrer dans l’espace dégagé que les personnes munies de cartes d’invitation ou appartenant à la presse. Cela fait encore un total de cinq cents personnes environ. Grimpés sur les bancs, sur les sièges des voitures, etc., elles regardent curieusement la sortie des invités parmi lesquels on remarque quelques officiers en tenue.


A deux heures la voiture des jeunes époux se met en mouvement, décrit un demi-cercle et vient se ranger sur le trottoir même, juste à coté de la porte de l’église. Bientôt cette porte s’ouvre, l’on voit s’avancer les deux suisses la hallebarde à la main, précédant les mariés. La nouvelle Mme Driant est au bras de son mari, qui est en grande tenue : tous deux sont acclamés. Bien que visiblement émue, Mlle Boulanger, maintenant Mme Driant, sourit et se presse affectueusement contre le capitaine. Le général Boulanger sort à son tour et reste quelques minutes debout sur les marches pendant que le capitaine Driant et sa femme montent dans leur voiture.

Le groupe de la Ligue des patriotes lève les chapeaux en l’air et crie : «Vive Boulanger ! » Derrière les barrages d’agents, les curieux, tenus à distance, répètent ces acclamations.

A toutes les fenêtres, sur les impériales des voitures stationnées, aussi près que le permet la triple ligne d'agents, de véritables grappes humaines s’agitent ; c'est un papillottement noir et blanc de chapeaux et de mouchoirs.

Une ovation est faite aux jeunes époux, et les chevaux du coupé nuptial, taquinés par le fouet cravaté de satin blanc, s’éloignent lentement, jetant de l’écume, au milieu d’une haie compacte. Alors, le Général monte à son tour en voiture, à côté de sa mère.

Certains barrages sont rompus ; les badauds envahissent la chaussée et suivent à rangs serrés la voiture qui monte lentement l’avenue Marceau se dirigeant vers l'Arc de Triomphe. Les amis du général poussent des vivats. De nombreux gardiens de la paix arrivent au pas de course et se massent autour du véhicule, mais sans parvenir arrêter la masse du public.


La réception rue Dumont d'Urville


Au coin de la rue de Presbourg, la voiture tourne et va rejoindre la rue Dumont d’Urvile. Plusieurs barrages d’agents sont établis par le parcours. Enfin, le cortège arrive devant la maison du général Boulanger, qu’on distingue de loin à la tente marquise dressée devant la porte. Il est deux heures et demie. Le général, en descendant de voiture, paraît heureux et souriant et rentre, après avoir remercié ceux de ses amis qui l’ont suivi jusque là.

Les jeunes époux descendent du coupé nuptial, et montent au milieu de l'escalier garni de plantes et de fleurs, pour aller se placer avec le Général et sa mère dans le salon de réception.

Au milieu du salon, le Général a à sa droite sa fille et le capitaine Driant, à sa gauche le capitaine Guiraud. Dans le jardin d'hiver, au milieu des plantes superbes et vivaces qui forment de ravissants bosquets, un orchestre de Tziganes exécute en sourdine un joyeux et brillant répertoire. Les invités se pressent devant l'hôtel, nombreux, impatients de serrer encore une fois les mains du Général et de féliciter les jeunes époux.

Le défilé commence ; au rez-de-chaussée, le petit groom du Général, Joseph, demande les noms des invités et les dicte à un huissier. On est ensuite admis, et l'on arrive au salon où chacun est annoncé. Le Général est rayonnant de bonheur, et il serre la main de ses nombreux amis.

Le lunch est très animé, un excellent buffet est installé dans le salon d'attente.

A cinq heures, le Général, le capitaine et Mme Driant, reçoivent les dernières félicitations et peuvent prendre quelque repos.

Dans la rue, la foule, repoussée par les agents, continue à acclamer l'ancien ministre de la guerre.

Le voyage de noces


Le capitaine Driant et son épouse partirent le soir-même pour l'île Beder, propriété du Comte Dillon dans le Morbihan, pour y passer quinze jours. Ensuite, les deux jeunes époux retournèrent à Tunis ; la jeune mariée adore ce pays où elle est restée deux ans avec les siens, et le capitaine Driant qui, dans les missions de toute sorte qu'il a remplies n'a jamais oublié qu'il était officier, n'avait qu'un désir : reprendre son service à son régiment, en quoi son futur beau-père, resté général avant tout, quoi qu'on en dise, l'approuve absolument. On ne sait trop qui l'on doit féliciter, ou du général qui a choisi le capitaine ou du capitaine qui s'est montré digne du choix de son général.


Principales sources :

Le Gaulois, 23 octobre 1888

La Cocarde, 31 octobre 1888

Le Soir, 31 octobre 1888

La Presse, 1er novembre 1888

L'Evenement, 1er novembre 1888

Gil-Blas, 1er novembre 1888

L'Ordre de Paris, 2 novembre 1888

Le Monde illustré, 10 novembre 1888

Le Progrès de la Somme, 18 novembre 1888

177 vues0 commentaire