• DRIANT Emile

Noël 1914

Dernière mise à jour : 1 janv. 2021

Noël 1914 : premier Noël au front pour tous les soldats mobilisés. Noël désenchanté pour tous ces hommes, jeunes gens ou pères de famille, qui s'imaginaient en partant défendre leur pays que la guerre serait brève et la victoire éclair; depuis novembre, le front, à l'ouest, s'étend de la mer du Nord aux Alpes, et les hommes commencent à s'enterrer dans les tranchées. De tous côtés, on se prépare à durer...

Pour certains, coupés de leur famille qui habite dans les territoires occupés, ce Noël est d'une tristesse accrue. C'est le cas pour la majeure partie des chasseurs des 56e et 59e Bataillons de Chasseurs à Pied, originaires du Nord de la France ou de la Meuse, et qui sont sans aucune nouvelle de leurs proches depuis des mois.


Leur chef, le commandant Driant, est convaincu qu'à la guerre c'est le moral qui fait tout. C'est pourquoi depuis le début du conflit il se démène pour rendre le quotidien de ses hommes plus supportable. Avec son épouse et ses enfants, en s'appuyant sur ses relations très riches et variées et ses relais dans le monde politique ou dans la Presse, il organise des collectes à destination des soldats aux fronts: ses Chasseurs en priorité, mais il n'oublie pas non plus les régiments et batteries qui combattent dans la même région.

C'est ainsi que la famille Driant réunit de multiples lots que Madame Driant et sa fille, Marie-Térèse, viendront à plusieurs reprises porter elles-mêmes, en voiture, à Verdun. Des vêtements en grand nombre: tricots de laine et de coton, gilets de laine et flanelle, pantalons, chandails, chemises, cache-nez, bandes molletières, bonnets de laine, passe-montagne, chaussettes, pantoufles... Des objets utiles: agendas, cartes de correspondance, crayons, porte-plumes... Des réconforts matériels: tablettes de chocolat, paquets de tabac, carnets de papier à cigarette... Des réconforts spirituels: images pieuses, médailles de le Ste Vierge... Auxquels sont joints des dessins ou de petits mots écrits par les enfants Driant ou les enfants des écoles.

Cet élan de générosité réunit dans un même mouvement des personnalités, comme le Comte de Dion, le capitaine Gérard ou le député Maurice Barrès, des communautés religieuses, des curés et leurs paroissiens, des instituteurs et leurs élèves - notamment ceux de l'Ecole de la rue Cambon, à Paris - des artisans ou commerçants qui font des dons ou remises conséquentes, des notables nancéiens, et une foule d'anonymes patriotes.


Alors que Noël approche, le commandant Driant et son épouse mettent les bouchées double: il s'agit de redonner un peu de joie et de bonheur à tous ces hommes, pour consoler et distraire leur peine, pour leur apporter un peu de l'affection que leur famille ne peut leur témoigner.


Marcelle Driant, l'épouse du commandant Driant, note dans son journal, le mercredi 2 décembre 1914 : "Nous travaillons du matin au soir afin d'envoyer un petit paquet de Noël à chacun des chasseurs d'Emile. Ce n'est pas une petite affaire. Cela représente une dizaine de mille francs. Chaque paquet contiendra:

1 paquet de tabac

1 paire de gants

1 mouchoir

1 savon

125 g de chocolat

1 médaille

1 crayon, enveloppes, cartes postales

1 carnet de papier à cigarettes

Epingles simples et de nourrice

Et un ou plusieurs objets qui varient : couteau, blague, pipe, glace, cartes à jouer, vaseline, sifflet, peigne, encrier de poche, etc, etc.

Pour les 150 sous-officiers, ils auront quelque chose de spécial : un carnet agenda avec imprimé le numéro du bataillon et ce qu'il y a sur le Drapeau des Chasseurs. Dans chaque carnet une très belle image "Pro Deo, pro Patria". Sur chaque carnet, j'écrirai : Dieu vous garde".


Le 23 décembre tout est prêt et envoyé. Madame Driant se félicite dans son journal :

"Mercredi 23 - Enfin, ce matin à 6h sont partis tous nos Noëls pour les bataillons d'Emile. 140 jolis carnets-agendas avec une ravissante image de Bouasse, pour les sous-officiers. (...) Puis 1896 paquets pour les Chasseurs. Chaque paquet soigneusement enveloppé dans un mouchoir cousu contenait : savon, paquet de tabac, 125g de chocolat, papier à lettres, cartes postales, crayon, épingles, médaille. Puis d'autres objets qui alors étaient variés : couteau, sifflet, friandises, mercerie, blagues à tabac, cartes à jouer, glace, peigne, etc, etc. Et une paire de gants ou de moufles. Enfin, chaque homme avait au moins 10 ou 12 objets. ce qui donne un total de 23.000 objets environ. Tout cela a été enfermé dans 20 sacs et emporté à Samogneux par le maréchal des logis Perrin dans un camion automobile que nous avait donné le général Joppé.

Nous avons été aidées dans la confection de nos paquets d'abord par Thérèse de Terron; puis par Mme Villatte d'Oultremont, Mme Parisot, Melle Desaint, Mme de Scitivaux, Mme de Tracy, Mme de Vaugirard surtout. Elle nous a aidées énormément et a été on ne peut plus gentille. Elle a passé la dernière nuit avec nous pour tout terminer; c'est le camion qui l'a reconduite chez elle avant de partir."


C'est dans les granges où ils reposent que les chasseurs et sous-officiers des deux bataillons découvriront, lors de la nuit du 24 décembre, le "petit Noël" qui les attend, alors qu'ils rentrent se coucher après une journée passée dans les tranchées boueuses et glaciales. Cette attention réchauffera bien des coeurs et fera couler bien des larmes d'émotion et de gratitude.


Madame Driant apprendra quelques jours plus tard que le 59e BCP sortait tout juste d'une "furieuse bataille". Elle note dans son journal : "Mardi 29 - J'ai reçu une lettre émouvante du P. de Matrimprey; il me remercie d'abord des paquets de Noël, puis me conte que le 59e sort d'une furieuse bataille (sa lettre est écrite le 24) qui a duré quatre jours et quatre nuits sans interruption. Il a gagné, puis perdu, puis repris une position importante dans une forêt et a maintenu ses positions malgré plusieurs attaques et contre-attaques. Le général gouverneur de Verdun et le général de division lui ont envoyé des félicitations. Mais tout cela a coûté cher : 20 tués dont un lieutenant et 9 sous-officiers et une soixantaine de blessés. Le capitaine commandant lui-même mis hors de combat par un obus qui broyant à côté de lui la tête de son ordonnance, l'étendit presque complètement. Emile qui a du rentrer de Paris à Verdun dimanche ou lundi me donnera sans doute encore d'autres détails.

Pauvres gens! Je suis toute attristée de leur mort. C'est comme si je les connaissais tous."


Individuellement ou collectivement, les officiers, sous-officiers et chasseurs prendront la plume pour remercier Madame Driant et ses enfants, Marie-Térèse (24 ans), Raoul (15 ans), Robert (13 ans). Ces lettres, souvent très touchantes, reflètent l'état d'esprit qui fut celui de ces soldats en ce Noël 1914: leurs sentiments, leurs peines, leurs espoirs et leur Espérance, leur abnégation et sens du sacrifice, leur amour profond de la Patrie et l'affection filiale qu'ils portaient à leur Chef. Nous en reproduisons quelques unes ici.


« C’est un devoir très agréable pour nous de vous remercier de l’intérêt que vous avez bien voulu porter envers les humbles chasseurs que nous sommes. Privés en majeure partie de communication avec nos familles, le paquet que nous avons reçu a été une agréable surprise de toute utilité. C’est pourquoi nous ne saurons jamais assez exprimer notre gratitude. » (1e escouade, 7e Cie, 56e BCP) 


« Madame, au cours de cette campagne dans laquelle j’ai l’insigne honneur de participer aux côtés de votre mari, j’ai déjà pu bien des fois être témoin de votre souci, familial oserais-je dire, et constant que vous daignez apporter pour l’amélioration matérielle et morale des chasseurs des bataillons sous les ordres de votre mari. Votre mari que je considère comme remplaçant de mon père absent m’a déjà comblé de bonnes choses qui m’ont fait bien plaisir, attendu que ma mère prisonnière des Allemands dans Lille investie ne pouvait penser de m’envoyer quoi que ce soit. (…) Mes vœux sont que le bon Dieu conserve votre mari et votre fils au front en bonne santé ainsi que vous et vos enfants concourant avec vous indirectement à la victoire de la France. » (R. MEURISSE, sous-officier adjoint au Cdt Driant) 


« Je vous remercie beaucoup au nom des infirmiers et au mien des jolis cadeaux que l’on nous a remis de votre part le jour de Noël. Noël, cette fête familiale entre toutes, nous eut laissé sans vous une pénible impression d’isolement, beaucoup de tristesse à la pensée de nos familles absentes et peut-être notre mélancolie avivée par nos souvenirs se fut-elle changée en un peu d’impatience, mouvement sans lendemain d’ailleurs. Mais vous avez pensé au soldat qui souffre, à ce soldat qui demande en ces heures d’épreuve des paroles de femmes, des paroles de mères, des paroles de consolation, vous êtes venue à nous, vous qui consolez et de nos tranchées boueuses, l’on vous a bien bénie, vous nous aviez rendu content de notre sort. Votre geste, on ne l’eut pas trouvé à l’étranger ; seule la France sait aimer ses enfants à ce point et leur témoigner avec autant de délicatesse son affection. Ces rudes soldats qui se rient de la faux terrible qui les effleure chaque jour, vous les avez fait pleurer d’émotion. Votre joie eut été grande si vous aviez pu voir avec quelle impatience fébrile nous ouvrions nos petits paquets. J’ai été très heureux d’y trouver un agenda. J’y inscrirai mes impressions journalières et plus tard, si Dieu me garde comme vous me le souhaitez, en feuilletant ces vieilles pages, en respirant comme le dit le poète le parfum intime des ces antiques fleurs desséchées, c’est vers vous encore que mes pensées s’envoleront pour vous remercier à nouveau de nous avoir procuré un joyeux Noël » (Abel LEFEBVRE, Sergent infirmier, 56e BCP) 


« Monsieur Raoul, comme beaucoup j’ai le plaisir de vous remercier des cadeaux que vous et votre famille avez eu la délicate attention d’offrir au bataillon. Ici nous formons des veux pour que votre honorable père reste encore longtemps à la tête des chasseurs que tous vénèrent. » (Kléber CAPLIEZ, sergent fourrier 56e BCP) 


« Bien cher bienfaiteur, merci pour votre gentil cadeau de Noël. Vous ne sauriez croire quel plaisir il nous a fait à tous, à nous gens du Nord pour la plupart sans ressources et privés des douceurs que peut procurer une famille. Merci aussi pour vos bons souhaits, oui que Dieu nous garde et nous protège comme il l’a fait jusqu’ici, qu’il protège surtout votre vaillant père, notre commandant bien aimé avec lequel nous espérons bien aller délivrer nos frères d’Alsace et de Lorraine, ensuite il ne nous restera plus qu’à remercier la Providence de toutes ses bontés. Veuillez croire à ma bien sincère reconnaissance et soyez certain que jamais je ne vous oublierais dans mes prières. » (Louis BERNARDI, 7e Cie, 56e BCP) 


« Vous avez madame en ces jours amener des sourires sur les lèvres des petits chasseurs qui hélas plusieurs entre nous sont privés des nouvelles des leurs à cause des événements actuels. Donc madame souvenez-vous que chaque chasseur possède toujours au cœur une place pour la reconnaissance. » (Emile LE BARS, 3e Cie, 59e BCP) 


« Madame, je vous écrit cette lettre pour vous dire avec quelle joie j’ai reçu vautre paquet de Noël. Car étan dun petit vilage du Nord et étan privée de nouvelle de ma femme et de mon gosse, je sui heureux de vous remercier et de vous souête une bonne et heureuse année et je prie Dieu pour que nous soyon tous délivrée de sest barbare au début de l’année. Que Dieu vous bénisse de vos bienfait et vous préserve une longue vie heureuse. Votre serviteur dévoué. » (Théodore DEPRACTERE, 9e Cie, 56e BCP) 


« Chère Madame, merci de votre bonté envers nous, petits soldats français, et merci de tout cœur pour vos bons souhaits envers ma chère famille que j’aime et que je sais malheureuse comme toute celles du Nord. Au nom de mes parents et au mien, recevez chère Madame nos souhaits de bonheur les plus sincères. » (Jules DAVID, 56e BCP) 


« Madame, nous l’avions constaté déjà votre famille s’est considérablement agrandie avec la guerre, et dans cette grande famille, vos peines et vos joies ont souvent été partagées. Les Chasseurs du Papa de Robert ont souffert en apprenant que son grand frère avait été blessé et ils ont partagé votre peine Madame. Aujourd’hui ils se réjouissent tous de la promotion dans la Légion d’Honneur de leur Commandant. Pour beaucoup, c’est une surprise qu’un grade supérieur ne voit pas en même temps venir récompenser sa bravoure et son dévouement. Mais beaucoup se disent qu’alors il aurait peut-être été séparé de nous… Et aujourd’hui, Madame, tous vos chasseurs ont reçu vos cadeaux de Noël ; ils ont admiré votre générosité, votre travail. Peut-être avez vous su déjà quel plaisir ils nous ont fait, vous a-t-on déjà conté la curiosité et le plaisir de chacun de vos chasseurs, déballant avec soin assis dans sa grange le paquet que vos mains avaient parfois si fortement cousu. Et puis chacun s’examina dans sa glace, on bourra les pipes, fit des cigarettes et pour ce jour on vit tous les chasseurs sans exception fumer, rien ne leur manquait plus, tous étaient heureux pour quelques temps. Ils croient que ce temps sera long, car ils ont reçu vos souhaits de joyeux Noël et d’heureuse année. Ils savent que pour eux vous priez. » (9e Cie 56e BCP) 


« A notre retour des tranchées nous avons trouvé notre cadeau de Noël dû à votre générosité et cela nous a beaucoup fait plaisir. Grand merci. » 


« Vous remplacez chère madame nos mères qui pour la plupart d’entre elles habitent Lille, Roubaix, Tourcoing, et sont dans l’impossibilité de nous envoyer quoi que ce soit. Nous faisons soyez en persuadée les vœux les plus sincères pour vous, votre mari, notre cher et très digne commandant, votre famille, pour que Dieu vous conserve et vous protège comme vous nous le souhaitez nous même. » (Albert CAPION, caporal) 


« Comment et combien chère Madame pourrais-je vous remercier du joli petit paquet et agenda de la guerre 1915 que j’ai touché ces derniers jours ; oui chère Madame, ces cadeaux ont été pour moi une joie sans pareille et vous assure que malgré que mon territoire est envahi par l’ennemi, rien ne me manque car mon commandant, Monsieur votre mari, fait pour nous tout son possible et je puis vous affirmer qu’il est pour moi un second père. » (Paul DELBERGUE, 7e Cie, 56e BCP)


« Cher Monsieur, je suis un des heureux possesseur des colis que vous avez eu l’heureuse idée d’adresser aux chasseurs tant aimés de Monsieur votre Père. Croyez bien que j’en suis complètement satisfait et je vous remercie sincèrement ? Veuillez être mon interprète près de Monsieur votre Père pour l’assurer de mon amour et mon admiration pour lui. Je prie Dieu tout puissant de conserver à sa famille et à la France cet homme énergique et bon. » (André LUTAR, 9e Cie, 56e BCP) 


« Monsieur, bien que d’un âge où le Père Noël ne dépose plus rien dans mes souliers, l’on vient de me remettre un des gentils paquets que vous avez adressé à tous nos Chasseurs. Merci pour eux et pour moi, mon jeune ami. Merci aussi pour vos vœux et permettez-moi de vous adresser les miens les plus sincères pour vous et tous les vôtres. Que Dieu leur donne la santé, les épargne dans les combats et leur accorde la joie de voir la France triomphante et glorieuse ! Voulez-vous me faire un grand plaisir, faites-moi savoir votre âge, car moi aussi j’ai un petit garçon de 14 ans. Je suis un vieux Papa voyez-vous, et je voudrais vous faire envoyer un tout petit souvenir de moi. Voulez-vous me le permettre ? En attendant, laissez-moi vous embrasser, mon brave et cher enfant. Priez pour eux ! La voix innocente d’un enfant a plus de portée auprès de Dieu que la nôtre, vieux grognards ! Et nos pauvres petits chasseurs tombés sont nombreux ! J’ai vu, enfant, des Chasseurs avoir des larmes aux yeux en ouvrant leur petit Noël individuel ! Vous avez ému nos Vitriers !! Ce sont là de bonnes larmes qui viennent du cœur et ces cœurs là sont des braves parmi les braves. Merci aussi à votre Maman d’avoir envoyé ces images au dos desquelles elle a eu l’inspiration touchante de rappeler les Gloires inscrites à l’Etendard ! C’est bien Français ! Bravo Madame ! Mais si au retour l’on doit inscrire au Drapeau les batailles et victoires où ont donné les Chasseurs en 1914 et 1915, la soie en sera trop petite on devra y remettre des rallonges. Au revoir cher petit ami, le Père de Martinprey m’a dit que vous étiez un petit garçon encore jeune, et merci de tout cœur. » (Edme de KEROMAN, sergent engagé volontaire 1885 ! 59e BCP) 


« Je vous remercie beaucoup de votre colis que vous m’avez envoyé : cela fait beaucoup plaisir car nous ne pouvons rien recevoir de chez nous notre pauvre département de l’Aisne étant toujours envahi. » (Jules MACQUART, 59e BCP) 


« Nous savons combien la France a les yeux tournée vers nous et tous les arrivages de toutes sortes nous prouvent que les mêmes peines et les mêmes angoisses sont partagées par toutes les femmes françaises dont le soutien nous réconforte. (…) Que Dieu vous garde. Qu’il vous garde et qu’il nous garde votre bien aimé Père qui depuis 5 mois vous a quittés pour devenir le nôtre. Apprenez par un homme de troupe qu’il est aimé de tous ses chasseurs, que tous ont apprécié sa bravoure et son noble cœur et que dans nos prières nous demandons que Dieu vous le conserve toujours. Merci aussi à ce petit Raoul dont j’ignore l’âge, mais dont les vœux paraissent si gentils qu’ils me rappellent ceux de ma petite fille. Bonne santé à tous et que bientôt sur une page de votre agenda nous puissions inscrire l’entrée triomphale à Strasbourg avec notre brave Commandant. C’est le vœu le plus cher que je lui adresse par votre intermédiaire. » (Jacques VANDELANGUEN, caporal fourrier 56e BCP) 


« Dieu vous garde Madame, c’est le meilleur des vœux que je puisse former pour vous ainsi que pour votre mari qui se plait à nous appeler ses enfants. » (G. DESGARDIN, 9e Cie, 56e BCP) 


« Chère Dame, mes remerciements les plus sincères pour votre colis qui m’a fait grand plaisir, car depuis le mois d’août que je suis parti je n’ai reçu aucune nouvelle. Ce petit paquet m’a fait revivre et me fait espérer de revoir ma bonne mère qui voudrait bien m’en envoyer mais qui ne peut pas. » (Pierre Joseph MASSE, 2e Cie, 59e BCP) 


« Quant à nous aidé par l’admirable soldat qu’est votre père, nous saurons chasser de notre belle France l’ignoble envahisseur. » (Albert BOITELLE, 59e BCP) 


« Ce qui nous fait le plus plaisir encore c’est d’être commandé par un chef qui est le Cdt Driant qui nous conduit à la victoire finale car quand on le voit on se sent revivre de plus en plus, aussi que Dieu le protège. » (Chasseur X, 59e BCP) 


Madame Driant, de son côté, note dans son journal : "Le 30 décembre - nous continuons à recevoir des lettres de remerciements tout à fait touchantes de nos chasseurs et même des vers. Il paraît que ces envois de Noël leur a fait une joie extrême. Je ne regrette pas la grande somme que cela m'aura coûtée; malgré tout ce que mes amis m'ont envoyé j'ai mis au moins de mon argent. C'est que en tout cet envoi représente bien au moins 10 ou 12 mille francs. Voici deux pièces de vers; si elles ne sont pas merveilleuses au point de vue littéraire, elles prouvent au moins beaucoup de coeur et de reconnaissance :


"Le coq gaulois vaincra l’affreux sanglier boche ! 


Madame, vive Dieu, qui fait bien ce qu’il fait ! 


(Je parle du vrai Dieu, non pas du bon Dieu moche 


qui commande aux teutons le vol et le forfait.) 

Ce Wilhem est un fou ; qu’a-t-il dans sa caboche ? 


La certitude d’être invincible et parfait ? 


« Gott mit uns » clame-t-il, nous sommes sans reproche ! 


Son boutoir émoussé nous le prouve en effet. 

Voilà donc deux quatrains rimaillés non sans gêne 


il me reste cinq vers – et ne suis pas en peine 


Madame, étant donné que je m’adresse à vous. 

Pour finir un sonnet où mon luth se démène, 


je n’ai plus, écoutant mon cœur après ma haine, 


qu’à vous crier Merci pour vos cadeaux si doux. " (Caporal HARDY, 1e Cie 59e BCP) 


"Voici des vers. Sont-ils parfaits?

A vous de les juger, Madame!

C'est pour vous que je les ai faits :

A votre envoi répond une âme.

Dans les plis d'un petit paquet

Vit-on jamais rien de semblable :

Je constate l'heureux effet

De l'utile avec l'agréable...

Petits objets, petits cadeaux,

Combien votre âme est surhumaine :

Vous murmurez à demi-mots :

Aux coeurs bien nés l'heure est sans peine.

J'écoute vos petites voix,

La voix de celles que vous mirent

Dan les flancs des paquets étroits

Pour qu'à nos coeurs elles transpirent!

Et ces voix disent : En avant !

Contre la rage et la furie,

Revenez-nous en triomphant,

Allez enfants de la Patrie...

Voix de nos soeurs. Voix de nos fils.

Vous nous prêchez la délivrance.

Nos coeurs vous ont tous bien compris :

Comptez sur nous. Vive la France !" (Jean CARTY, 59e BCP, 2e Cie)


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