• DRIANT Emile

Emile Driant, dessinateur et topographe...?

Parmi les nombreuses qualités du Colonel Driant, parmi les nombreux domaines dans lesquels il a excellé, il en est un qui est moins connu : le Dessin.


Dès son plus jeune âge, au Lycée de Reims, Emile Driant s'est distingué durant les cours de dessin. Obtenant à plusieurs reprises la première place de sa classe dans cet art, et même peut-être un prix au Concours Général. Il s'en vante dans une lettre adressée à ses parents : "Le Recteur a appris au Proviseur qui en est devenu écarlate de plaisir que le Lycée de Reims avait encore cette année le premier rang dans l'Académie de Paris et qu'il avait 6 prix et 22 accessits (...); dans ces 6 prix, je dois avoir le mien car le Recteur a ajouté qu'en Élémentaires, en Géographie, il y avait 1 prix et 2 accessits. Pour le Dessin, il court un bruit, mais je ne dirai rien tant que je ne serai pas bien certain, en tout cas ne serait-ce qu'un accessit je compte bien avoir quelque chose."


Cette maîtrise du Dessin lui sera bien utile une fois à l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, car elle est incontournable dans les cours de Topographie ou de Fortification. Et les bonnes notes obtenues dans ces matières (20 en Dessin d'imitation, 19 en dessins de Topographie) ne sont pas étrangères à son classement à la sortie de l'Ecole: 4e sur 345 élèves. Il le reconnait lui-même dans son roman Le Petit Marsouin, dernier volume de l'Histoire d'une famille de soldats, où il se met en scène à travers son personnage Andrit (anagramme assez transparent) faisant ses débuts à Saint-Cyr au côté de Georges Cardignac, héros du roman. "Le petit Andrit, lui, était quatrième. Oui, mes enfants, il était avant notre ami Georges, et Georges fut le premier à s'en réjouir, car véritablement son ami s'était montré acharné au travail pendant cette année-là. Il avait d'ailleurs sur Georges un avantage marqué: il dessinait à merveille. Ses levés de plans, ses agrandissements topographiques, ses copies de cartes avaient toujours les meilleures notes, et comme le dessin sous toutes ses formes - prenez-en bien note, futurs Saint-Cyriens - tient une grande place dans le programme d'enseignement de l'Ecole, il s'était trouvé tout naturellement en tête de sa promotion." Un certain nombre de ses exercices et compositions sont parvenus jusqu'à nous et témoignent de la qualité et de la précision apportées par l'artiste à ses réalisations.



Cet art sera d'ailleurs bien utile au jeune Lieutenant Driant, après sa sortie de Saint-Cyr. C'est au 54e Régiment d'Infanterie, à Compiègne, qu'il poursuit sa formation militaire. A l'école de Tir, entre autres, c'est avec une certaine facilité qu'il réalise des coupes et dessins de différents armement, fusils, revolvers... reproduisant jusque dans les moindres détails, avec précision et exactitude, les culasses, canons, percuteurs, chiens... et jusqu'aux moindre ressorts ou la moindre vis...

Ses travaux seront remarqués et appréciés, et lui vaudront une Lettre d'éloge du Ministre de la Guerre qui lui écrit de Versailles le 27 janvier 1879 : "Monsieur le Sous-lieutenant, il m'a été rendu compte du zèle que vous avez mis à l'exécution des travaux de levés des environs de Compiègne dont vous avez été chargé. je vous en exprime ma satisfaction. Vous serez cité à ce sujet au Journal militaire officiel et mention de cette récompense sera faite à votre dossier. Recevez, monsieur le sous-lieutenant, l'assurance de ma considération. Le Ministre de la Guerre"


Affecté un temps au Fort de Liouville, qui fait partie du système de fortifications Séré de Rivières mis en place autour de Verdun à partir de 1875, il est invité à effectuer le plan détaillé du Fort sous différents angles. Il valorisera ce travail qui lui procura une connaissance approfondie du Fort, en faisant du Fort de Liouville le théâtre de son premier roman "La Guerre des Forts", première partie de La Guerre de Demain.


En 1880, Emile Driant manquera de perdre un oeil suite à un ulcère et sera hospitalisé au Val de Grâces durant plusieurs semaines. A cette occasion, il tient un Journal adressé à ses parents dans lequel il dessine un relevé très détaillé de l'état de son oeil ainsi qu'un autoportrait.


Après quelques années passées à Compiègne, le Lieutenant Driant commence à douter de la proximité de la Revanche à venir et s'interroge sur son choix d'affectation... C'est son talent de dessinateur qui lui ouvrira alors la porte des Colonies, puisqu'il est affecté au sein du 43e Régiment d'Infanterie à la 3e Brigade Topographique qui est envoyée à Sousse en Tunisie. C'est là qu'il sera remarqué par ses supérieurs non pas seulement pour ses qualités artistiques mais aussi pour ses profondes qualités militaires. Et c'est sur la recommandation de ces supérieurs et au regard de ses excellentes notes qu'il sera présenté au général Boulanger qui vient d'être nommé à la tête de la Division d'occupation en Tunisie. Ce sera un tournant décisif dans sa carrière.


On sait que Driant maîtrisait aussi l'art de la photographie, qui permet de figer plus rapidement les moindres détails qu'un croquis réalisé à la main. Ces talents de dessinateur, topographe et photographe lui auront donné le coup d'oeil décisif qui permet de cerner un terrain, d'analyser et se représenter une situation pour discerner les bonnes actions à entreprendre, qualité qu'il aura cultivée toute sa vie et dont il fera preuve encore de façon décisive les derniers jours de son existence...

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